Bonjour à toutes
plusieurs jours sans nouvelles, mais, la vie s'est accélérée, passage en mode rapide avec la reprise,, et la rentrée des classes ! Tout s'est bien passé: Loris a poussé fièrement la porte du CE1, Evan celle de la grande section, et Naël est entré comme un grand en petite section ! Pas de pleurs, que du bonheur !!!! Je suis fière d'eux et leur souhaite un bonne année scolaire.n
Cet article, pour changer un peu, je voulais vous faire partager la nuit que je viens de vivre, ma nuit à la caserne....
En effet, outre les nombreuses formations obligatoires, les sapeurs pompiers ont besoin de s'entrainer en permanence, pour entretenir leurs connaissances et leurs acquis, pour améliorer le travail en équipe, pour améliorer leurs performances. Dans ma caserne, nous manoeuvrons deux fois par mois au minimum: une fois avec l'ensemble de la caserne (en général, le premier dimanche de chaque mois), et une fois, juste avec notre équipe. Cette fois, pour la manoeuvre collective, nous avions choisi de faire un exercice de nuit, puisque c'est souvent la nuit que nous partons au feu, et que l'obscurité change la donne sur beaucoup de choses.... Les manoeuvres consistent à reproduire le plus possibles les conditions d'intervention: là, ça collait vraiment à la réalité, puisque nous avions tous notre journée dans les pattes....
Prêtes pour embarquer dans le camion rouge à mes côtés ???
20.20: tout le monde est en place à la caserne. On vient de faire une minute de silence, au garde à vous, en hommage aux deux sapeurs pompiers décédés en service il y a peu. C'est ça aussi l'esprit du corps et pendant cette minute, chacun prend conscience que nous ne sommes pas des dieux et que cela peut arriver à chacun de nous, n'importe quand...
Pas le temps de se torturer l'esprit, les bips sonnent l'alerte....
Première vague de départ. Intervention: fort dégagement de fumées dans une usine.
Au départ, Un Fourgon Pompe Tonne (6 pompiers: un conducteur, 1 chef d'agrès, 1 binôme d'attaque = deux sapeurs pompiers dont la mission prioritaire est l'attaque du feu, 1 binôme d'alimentation = deux sapeurs pompiers dont la mission prioritaire est de raccorder l'engin à un poteau incendie, histoire de ne pas être en manque d'eau) et un VP1 (un conducteur, un chef d'agrés et 1 binôme)
L'effervescence commence: chacun court pour prendre son matériel de feu, les véhicules sont prêts, les lumières bleues des gyrophares commencent leur balet dans la nuit noire, et la sirène déchire le calme qui régnait jusqu'alors...
Arrivée sur les lieux, le chef d'établissement est présent, et précise que deux personnes manquent à l'appel....
Une reconaissance des batiments est faite: un binome alimente les engins pedant que deux binomes sont envoyés au feu. Les tuyaux sont déroulés, chacun a sa place, sa mission. Des renforts sont demandés
Deuxième vague de départ: un VL chef de groupe (un "grand chef" qui va diriger toute l'opération), un VL DOUL (une infirmère sapeur pompier et un sapeur pompier, responsable de la prise en charge de la douleur), 2VSAV (2 fois trois sapeurs pompiers qui seront responsables de la prise en charge des victimes et de leur tarnsport au centre hospitalier), un VTU (deux sapeurs pompiers, qui seront le binome de secours....suis là...), une CEVAR (grosse cellule toute équipée qui permet de recharger les A.R.I="bouteilles d'air" que nous avons sur le dos quand nous sommes dans un milieu enfumé avec 3 sapeurs pompiers à son bord)
Voilà comment, en quelques minutes 24 sapeurs pompiers sont sur les lieux ! Une organisation impressionnante pour les regards extérieurs, mais necessaire au bon déroulement des opérations
Je ne vais pas détailler toute l'intervention, mais juste mon rôle, puisque c'est ma nuit que je suis venue vous conter....
On descend du fourgon et on s'équipe de nos A.R.I (on puisque nous sommes deux, un binome étant toujours indissociable !!!). ARI qui vont nous permettre de respirer de l'air pur, sans fumées toxiques, (pas toujours simple au début) , ARI que l'on porte sur le dos, petit poids de 14 kilos qui gene un peu les mouvements ... Question d'habitude en fait, d'où cette pratique régulière obligatoire....
Nous sommes équipés, notre matériel sous le bras, on nous envoit dans l'usine. Malgrè le projecteur, on ne voit absolument rien. La fumée est si dense, que si je n'avais pas la main sur l'épaule de mon co-équipier, je ne pourrai pas distinguer sa présence. On progresse, lentement, en sécurité. Le coeur bat la chamade: on ne sait jamais sur quoi on va tomber. On rencontre le premier binome d'exploration, qui est en train de faire un dégagement d'urgence, c'est à dire de sortir une victime qui vient d'être découverte. Un des pompiers n'a plus d'air dans son ARI, son alarme sonne, il leur faut sortir de suite. Nous prennons le relai et nous tirons cet homme de 75 kg, en dehors de l'usine. Il est pris en charge par l'équipe médicale, mais nous, nous devons retourner dans les locaux. Il nous faut trouver l'autre victime. On se renfonce de nouveau dans ce milieu opaque. La communication est restreinte avec nos masques, on se comprend par code. On progresse et on découvre le foyer, et notre deuxième victime. Re dégagement d'urgnece puis retour au coeur des flammes pour l'extinction, à l'aide de la lance avec laquelle nous progressions....
Les bouteilles se vident, l'effort entrainant une consommation d'oxygène plus importante. Il fait super chaud (je vous assure que c'est la meilleure cure d'amaigrissement !!!)... On atteint la réserve d'oxygène, il nous faut sortir et laisser le relai à un autre binôme. Pendant ce temps, on quitte nos ARI et on va les faire recharger à la CEVAR. Le foyer est éteint par les collègues, mais on nous rappelle à l'intérieur. A l'aide d'une ligne guide, on retourne dans les locaux. Notre mission: essayer de trouver portes et fenêtres pour ventiler, aérer........
Le plus gros du boulot est fait. La protection est arrétée (un binome arrose le toit et le batiment voisin pour éviter la propagation du feu). Il nous reste le déblai (on enlève l'établissement des tuyaux, on les vide, on les replie. On reconditionne les véhicules, on recharge les ari, histoire que tout soit prêt, au cas où une autre intervention s'annoncerait) et la surveillance (pour éviter que le feu ne reprenne) Je fais vite, mais ces étapes sont longues et importantes. Il y a la pression qui retombe, les battements cardiaques qui ralentissent. Mission accomplie, exercice réussi.
On se regroupe et on fait le point sur ce qui est positif, et ce qu'il faudra travailler en détail la prochaine fois, en collectif ou en individuel.... Une formation positive où le regard de chacun est important........
Retour au centre. On passe un moment ensemble, histoire d'échanger sur ce qui vient de se passer, mais aussi histoire de se retrouver. La vie en caserne n'est pas toujours simple, mais ça soude... et ces moments sont aussi très importants...
Je rentre chez moi, il est 3.00 du matin. Je suis fatiguée, quelques douleurs phyqiues sont présentes à l'appel, il fait nuit noire et le silence règne. Sur mon visage, un grand sourire. Je suis vraiment heureuse. Je ne peux l'expliquer, mais, c'est mon truc, je me sens revivre dans cet uniforme. Etrange aux regards des autres, je ne suis pas toujours comprise, mais j'ai beau être une fille, une maman, une brodeuse, une femme, une instit, j'ai trouvé ma place à la caserne....
et jamais je ne la laisserai...